Deux morts, les Américains et mon médecin de famille
Ce matin, j’écoute Paul Arcand. Il annonce une nouvelle inquiétante : les États-Unis viennent d’enregistrer leurs deux premiers décès de la rougeole de l’année.
Je sais. Ce n’est probablement pas la réaction attendue. La bonne réaction devrait peut-être être : Mon Dieu, la rougeole revient. Mais mon cerveau a cette fâcheuse habitude de vouloir mettre les nombres en contexte.
Les États-Unis comptent autour de 340 millions d’habitants. Deux morts sur 340 millions, ça ne semble pas énorme. Mais combien y en avait-il l’année dernière? Combien normalement? Est-ce exceptionnel? Curieusement, ce sont exactement les informations dont j’aurais besoin pour savoir quoi penser de la nouvelle.
Alors je consulte mon médecin de famille : ChatGPT.
En 2025, il y avait eu trois décès de la rougeole aux États-Unis. Entre 2001 et 2022, il y en avait eu trois au total. Donc deux morts, ce n’est presque rien à l’échelle de 340 millions d’habitants. Mais historiquement, c’est beaucoup.
À la radio, on enchaîne immédiatement en faisant le lien avec Robert F. Kennedy Jr., le secrétaire américain à la Santé, présenté comme un antivaccin notoire.
C’est quand même particulier. Un peu comme nommer un pyromane à la tête du service des incendies.
Je cherche encore. Et évidemment, c’est plus compliqué que ça. Kennedy affirme qu’il n’est pas antivaccin. Il se présente plutôt comme « pro-sécurité ». En même temps, il a dirigé pendant des années une organisation très critique envers les vaccins, remis en question plusieurs politiques vaccinales et soutenu que certaines questions considérées comme réglées par la communauté scientifique méritaient d’être réexaminées.
Je demande alors à mon médecin si le vaccin contre la rougeole est sécuritaire. Il me répond que le vaccin ne cause pas l’autisme.
Pardon?
Je n’ai jamais parlé d’autisme. Je lui ai demandé si le vaccin était sécuritaire. Pourquoi est-ce que mon médecin me parle soudainement d’autisme? C’est bizarre, mais à ce point-ci j’ai trop de questions en tête pour arrêter. Alors je persiste.
Oui, me répond-il. “Très sécuritaire”. Bon. Peut-il causer des effets secondaires graves? “Oui”. Ah. On progresse.
“Dans de rares cas, il peut notamment provoquer une réaction allergique grave, une baisse importante des plaquettes sanguines ou des convulsions fébriles.”
Attends. Tu viens de me dire qu’il était sécuritaire. Et maintenant tu me parles de convulsions?
“Oui, mais elles sont très rares”. Excellent. À quel point?
“Une réaction allergique grave se produit de l’ordre de quelques cas par million de doses. Une baisse temporaire importante des plaquettes, environ un cas sur 40 000. Une convulsion fébrile, environ une sur 3 000 à 4 000 doses, généralement sans conséquence permanente.”
Ah! Voilà des chiffres. Pourquoi ne pas commencer par ça?
“La rougeole elle-même peut provoquer une pneumonie dans environ un cas sur vingt, une encéphalite dans environ un cas sur mille et la mort dans environ un à trois cas sur mille. Le vaccin peut donc provoquer certaines complications graves, mais à des fréquences beaucoup plus faibles que la maladie.”
Je lui demande alors pourquoi lui, comme les médias et les autorités de santé, commence toujours par dire que le vaccin est « sécuritaire ».
La réponse est fascinante. En médecine, sécuritaire ne veut pas dire sans danger. Ça veut plutôt dire : “les risques sont suffisamment faibles par rapport aux bénéfices attendus.”
Et là, ma tête commence à exploser. Et pas à cause du vaccin.
Je commence surtout à comprendre pourquoi les conversations sur les vaccins deviennent si rapidement impossibles. Tout le monde possède peut-être une partie de la vérité. Mais personne ne semble commencer par répondre à la foutue question.
Et pendant tout ce temps, une petite inquiétude me trotte dans la tête.
Si poser ces questions suffit pour devenir antivaccin, complotiste ou covidiot...
Ou alors je suis simplement quelqu’un qui aimerait qu’on lui donne les chiffres avant de lui dire quoi penser.
Je ne sais plus trop. Je vais demander à ChatGPT.