À la STM, ne présumons de rien, sauf de la prière
À compter du 1er septembre, les employés de la STM ne pourront plus prier dans ses installations. Les salles de ressourcement resteront toutefois ouvertes pour méditer, relaxer ou faire du yoga.
Si un employé ferme les yeux et respire lentement, il médite. S’il fait la même chose en pensant à Dieu, il prie. Le premier se ressource. Le second contrevient à la loi.
Mais comment le gestionnaire saura-t-il lequel est lequel?
— Pourquoi êtes-vous à genoux?
— Je cherche une vis.
— Et vos mains jointes?
— J’ai froid.
— Très bien. Circulez.
La loi a prévu la difficulté. Une pratique religieuse est toute action pouvant, « en fait ou en apparence », manifester une croyance. Le gestionnaire n’a donc pas besoin de savoir si vous priez. Il lui suffit de trouver que vous en avez raisonnablement l’air.
La STM promet d’intervenir « de façon humaine ». C’est rassurant. On jugera donc les apparences avec courtoisie.
La loi exclut les signes religieux de sa définition de « pratique religieuse ». Une croix, une kippa, un turban ou un hijab pourront donc demeurer visibles. Pourquoi peut-on porter le symbole d’une relation qu’on n’a pas le droit d’entretenir?
La Charte québécoise protège l’identité ou l’expression de genre, ainsi que la religion. À la STM, l’habit ne fait pas le moine, mais l’angle des genoux fait la prière.
La loi maintient une exception pour « une pratique culturelle des Premières Nations et des Inuit ». Pourquoi la loi ne nomme-t-elle pas les Métis? La Constitution canadienne les reconnaît pourtant comme l’un des peuples autochtones. Une pratique métisse serait-elle autochtone devant la Constitution, mais religieuse dans un garage de la STM?
Peut-être existe-t-il une réponse à tout. Mais peut-on imaginer le formulaire du superviseur?
Nature du silence: méditative, religieuse ou culturelle?
Origine culturelle du geste: Première Nation, inuite, métisse ou autre
Apparence raisonnablement religieuse: oui ou non?
Intention réelle: non requise.
Peut-être que je n’ai rien compris.
Le silence demeure permis. Les yeux fermés, les genoux au sol et les symboles aussi. Ce qui devient interdit, ce n’est pas l’intention de la personne mais l’apparence religieuse qu’un gestionnaire attribue à son geste.
Le Québec voulait que l’État ne se mêle pas de religion. Comment en sommes-nous arrivés à transformer chaque gestionnaire de la STM en inspecteur du prêt-à-prier? Je ne suis pas styliste, mais je croyais qu’un silence se portait de la même façon, avec ou sans Dieu.
La question n’est donc plus de savoir si Dieu existe. C’est de savoir à quoi ressemble quelqu’un qui lui parle.